L’Inde est le foyer de nombreuses religions dont l’hindouisme, de loin la première religion du pays avec 80% de la population indienne. Cette religion n’a ni fondateur, ni dogme, ni autorité doctrinale, morale ou intellectuelle s’imposant de façon absolue, ni d’institutions stables, ni de corpus de textes identiques pour tous. Les hindous croient au brahman, éternel, incréé et infini. Tout ce qui existe émane de lui et revient à lui. Les innombrables dieux et déesses ne sont que des manifestations du brahman. Il y aurait 330 millions de divinités dans le panthéon hindou. En Inde, on choisit celles que l’on vénère en fonction de ses affinités personnelles, mais aussi de sa caste et de la tradition familiale.

Le panthéon hindou est si vaste, à l’image de cette religion très ancienne et complexe. S’il est une chose à retenir c’est que, selon l’hindouisme, Dieu est partout, dans tout ce qui nous entoure, mais aussi en nous. C’est une vérité que l’hindouisme a traduit en nous offrant des milliers de divinités incarnant la manifestation de l’immensité de Dieu et du grand Tout. Ce grand Tout se retrouve fragmenté en dieux et déesses afin d’être accessible à l’Homme pour lui apporter conseils, réconfort, et l’aider à dépasser ses limites d’être humain. Ce qui peut intéresser l’Occident d’aujourd’hui dans le “polythéisme” hindou, c’est aussi bien son panthéon extraordinairement touffu que la philosophie qui le sous-tend et l’attitude humaine qu’il suppose. Nous n’avons pas besoin d’être chrétien ou catholique pour comprendre à quel point le monothéisme a marqué l’Occident. De même, nous n’avons pas besoin de nous intégrer au “polythéisme” hindou pour tenter de saisir en quoi il a marqué la psychologie indienne ou de quelle façon il l’exprime. Dieu est « Un », multiplié indéfiniment par lui-même, il ne peut changer ni donner naissance à quoi que ce soit : il reste indéfiniment lui-même. Dans cette unité, l’Inde a donné au Divin le visage de la Multiplicité. Mais dans la foule de ses dieux, il en est trois qui dominent : Brahma, le Créateur, Vishnu, le Conservateur, Shiva, le Destructeur et le Rénovateur. C’est ce que l’on nomme Trimurti, la Trinité.

La Trimurti est la forme du triple, “tri”, trois, “murti”, forme, représentant l’unité suprême en action, elle même étant non-agissante. Les trois aspects de l’Etre suprême sont des entités interdépendantes : leurs actions convergent, aucun principe ne peut agir sans l’aide des deux autres. Ils sont engagés ensemble dans le processus de vie : tout ce qui existe dans l’univers est créé, préservé, et détruit. Tout ce qui existe dans l’univers s’inscrit en relation à un temps et un espace.

 

Brahma, Vishnu et Shiva.

Ce trio est au centre de la mythologie Hindoue. Le cycle de renaissance qu’ils créent en est la base, le cercle éternel, l’infini. Dans ce fonctionnement qui durait, dure et durera éternellement, chacun a son rôle : Brahma, créateur de mondes nouveaux; Vishnu, conservateur de la stabilité et protecteur; Shiva, destructeur et créateur…

 

 

Brahma ब्रह्मा

 

Brahma est le premier être créé. Il a le pouvoir de tout créer dans l’univers, dont il est le régent principal. Il appartient aussi au groupe des douze mahajanas (Ils représentent les plus grandes autorités qui soient en matière de spiritualité. Ces “pères de la religion”, grands bhaktas, sont au nombre de 12 : Brahma, Shiva, Narada, Manu, Kumara, Kapila, Prahlada, Bhisma, Sukadeva Gosvami, Yamaraja, Janaka et Bali). Il forme avec Vishnu et Shiva ce qu’on appelle la Trimurti hindoue, dans laquelle il est l’ordonnateur qui fait passer l’inarticulé (anrita) à l’état articulé (rita). Il donne des fonctions à chacun. Ainsi, il fait d’Indra le roi des dieux. Brahma intervient seulement de façon occasionnelle dans les affaires des dieux, et encore plus rarement dans celles des mortels. Il est considéré comme le père de Dharma et Atri. Transcendant la dualité, il accorde ses bénédictions indistinctement aux dieux et aux démons. Le Brahmâloka est le Paradis (lieu de séjour) de Brahma et de ses serviteurs (Brahmâkayika). Brahma est la personnification du brahmane, c’est-à-dire l’esprit universel, l’absolu, représenté dans chaque être par le soi individuel (atman).

Représentation

Brahma est souvent dépeint comme un homme d’âge mûr (l’ancêtre primordial), barbu, à quatre têtes et quatre bras. Il est parfois représenté assis sur le lotus sortant du nombril de Vishnu. De ses quatre bouches sont sortis les quatre védas qui sont la connaissance sacrée. Ses quatre bras représentent son omniprésence et son omnipotence. A ses quatre mains correspondent quatre aspects de sa personnalité : l’esprit, la conscience, l’ego, l’intelligence. Dans chacune de ses mains il tient un objet : la cuillère sacrificielle (saruva), les Védas (recueils d’hymnes aux divinités considérés comme matière primordiale de toute connaissance) qu’il révéla à l’humanité, poussé par Sarasvati, sa femme; un pot d’eau (kamandalu) dans sa main supérieure gauche qui représente l’énergie cosmique avec laquelle il crée l’univers; un chapelet, lui permettant de mesurer le temps, la couleur or symbolisant l’activité. Son véhicule (monture ou vâhana) est un cygne, ou une oie sauvage (Hamsa) qui sait reconnaître le bon du mauvais.

Lorsqu’il créa l’univers, Brahma se divisa en deux afin de former un couple, et engendra ainsi la déesse Sarasvati (ou Shatarupa, celle aux cent formes), qui passe pour être également son épouse (et avec qui il conçut Svayambhuva, le premier des Manu, le législateur, qui donna naissance aux hommes). Elle était si belle que le dieu créateur s’en éprit et ne cessait de la regarder. Sarasvati changeait de forme à chaque fois que Brahma la regardait. Elle devint une vache, puis une jument, une oie, etc. Brahma la suivit, prit la forme du mâle correspondant. Ainsi prirent-ils la forme de toutes les créatures du cosmos, du plus petit insecte au plus gros mammifère. Il tourna son regard ardent vers Sarasvati, mais la pudeur naturelle de la déesse fit qu’elle prit la fuite. Elle s’éclipsa sur la gauche de Brahma, puis sur sa droite, puis courut agilement derrière lui, mais, chaque fois, le dieu se faisait pousser une nouvelle tête pour se repaître de sa vue. Incapable de lui échapper sur terre, la déesse s’élança vers le ciel. Brahma se créa alors une cinquième tête dirigée vers le haut. Shiva jugea qu’il était tout à fait inconvenant pour Brahma d’être attiré par un être qu’il avait engendré. Le dieu de l’ascétisme pris sa forme terrible de Bhairava et foudroya de son troisième œil la cinquième tête de Brahmâ. Depuis lors, Brahma n’est plus vénéré dans les temples et récite les quatre Vedas en pénitence.

La naissance. Brahma est issu de l’œuf originel du monde, Hiranyagarbha. Selon la légende, lorsque la conscience universelle sentit le désir de créer des êtres vivants, elle commença par créer les eaux, puis une graine flottant à leur surface. La graine devint un œuf doré aussi brillant que le soleil, qui contenait Brahma. Brahma demeura un an à l’intérieur de l’œuf avant de le fendre par la force de sa méditation. Puis il créa le ciel et la terre à partir des deux moitiés de l’œuf et, ensuite, le reste de l’Univers. Une autre légende raconte comment Brahma déposa une graine dans l’eau. Celle-ci en germant, se transforma en un immense œuf d’or qui, ayant mûri mille ans, se sépara en deux parties, révélant Brahma et Sarasvati. De l’une des moitiés de l’œuf, Brahma fit les sept étages du monde supérieur, de l’autre, les sept étages du monde inférieur.

 

Vishnu विष्णु

 

Vishnu a le rôle de conserver l’univers entre la création (Brahma) et la destruction (Shiva). Il établit l’ordre cosmique et assure la stabilité du monde. C’est le dieu du temps. Il est identifié au Brahman (la totalité de ce qui existe). Dans son sommeil, il prépare le prochain monde. Durant ce profond sommeil (Yoga Nidrâ), Vishnu médite le monde et, juste avant qu’il ne s’éveille, une tige portant un lotus, sur lequel est assis Brahma, émerge de son nombril.

Vishnu apparaît de couleur noir ou bleu sombre, couleur de l’éther, la substance informelle de l’univers. Comme Brahma, il possède quatre bras. Ses deux bras du haut désignent son activité dans le monde physique et ceux du bas, son activité dans le monde spirituel.

Dans une main, il tient une conque marine (shanka), dans laquelle il souffle pour vaincre les démons; sa résonance représente le son “Om”, respiration du dieu, présente dans tout l’espace. La forme de la conque, évoluant à partir d’un point en circonvolutions potentiellement infinies représente l’éternité. Dans une autre, il tient un disque tournoyant autour de son index, c’est la “spirale de l’éveil” (chakra) avec laquelle il décapite les forces du mal. Dans la troisième main se trouve une masse d’or (gadha), l’indication du pouvoir et la capacité de punition si la discipline dans la vie est ignorée. Arme invincible comme le temps, elle détruit tout, tôt ou tard, sauf ce qui est éternel : le processus trinitaire lui-même. Puis, dans la quatrième, il tient parfois une fleur de lotus (Padma), qui est un symbole d’une existence glorieuse.

Représentation

Ses attributs sont : la couleur jaune de ses vêtements désignant les quatre Védas, tous les avatars de Vishnu portant ce voile; la guirlande de fleurs (vana-mala) qui orne son cou est l’image de maya, l’illusion; les bracelets qui symbolisent les trois buts de la vie : la perfection de soi, le succès, le plaisir; les deux boucles d’oreilles qui représentent les deux chemins de connaissance, sânkhya, intellectuelle et yoga, intuitive; la couronne, la réalité inconnaissable; l’éventail qui sert à attiser les flammes représente le sacrifice. Quelquefois, des armes lui sont attribuées : l’épée et le fourreau, le savoir et le non-savoir qui le recouvre; l’arc, l’instrument qui lance des sondes d’intuition au sein de l’illusion; les flèches et le carquois, le pouvoir des sens et la réserve du pouvoir d’agir.

Sa monture (vâhana) est l’aigle Garuda. Il est aussi accompagné d’un serpent à mille têtes (Ananta ou Shesha) sur lequel il repose, représentant ainsi l’univers endormi. Son épouse est Lakshmi. Prithvi (ou Bhumi), la Terre, est sa seconde épouse.

C’est un protecteur des humains et un sauveur. Lorsqu’un problème grave surgit, c’est vers lui que dieux et humains se tournent. Constamment penché sur les affaires du monde, il s’est manifesté sous des formes variées, les avatars, pour établir l’ordre cosmique, et le rétablir lorsqu’il est troublé par des puissances démoniaques.

 

Shiva शिव

 

Shiva est le dieu de la fin des temps. Il organise le monde et représente les ténèbres. Il a les yeux mi-clos car il les ouvre lors de la création du monde et les ferme pour mettre fin à l’univers et amorcer un nouveau cycle. Shiva est quelquefois considéré comme le dieu du yoga et est représenté en tant que yogi qui possède la connaissance universelle, suprême et absolue, voire dans un état “au-delà de la connaissance”. Doté d’un grand pouvoir, il mène une vie de sage sur le mont Kailash.

Le destructeur. Shiva est un personnage complexe et contradictoire. En effet, il représente la destruction mais celle-ci a pour but la création d’un monde nouveau et meilleur. Le monde tient en un équilibre fragile entre les forces du bien et du mal, lorsque l’équilibre se rompt, Shiva dissous l’univers afin d’en créer un nouveau dans lequel les hommes pourront se libérer de l’aliénation du monde physique.

Représentation

Il est souvent représenté couvert de cendres. Les cendres dont il s’enduit symbolisent la procréation sublimée. Shiva est le dieu de l’abstinence, la semence de celui qui reste chaste se consume à l’intérieur, délivrant une formidable énergie. A son image, les membres de la secte de Shiva se frottent le corps avec les cendres des bûchers funéraires.

Shiva a la gorge bleutée à cause du poison surgi lors du barattage de la mer de lait, qu’il retint dans sa gorge. Bien qu’il soit le maître de l’ascétisme, et donc de l’abstinence, l’emblème de Shiva est le linga (ou lingam, pierre de forme cylindrique). Ceci représente la nature duelle du dieu. Le linga est associé au yoni, symbolisant l’union des principes masculin et féminin. Il incarne donc l’univers, la création. Il est assis sur une peau de tigre, symbole de l’énergie potentielle. Shiva représente en effet la source créatrice en sommeil. Il est également le patron des ascètes.

Shiva est le dieu des champs de bataille, des champs de crémation. Il y est souvent accompagné de démons, d’esprits malfaisants et de fantômes. Lorsque Shiva détruira le monde, il ne restera plus aucun être vivant. C’est pourquoi on le représente portant à son cou un collier de têtes de mort.

Ses attributs sont : le trident (trishula) dont le nom est Vijaya (victoire). Il matérialise les trois fonctions de la trinité : création, préservation et destruction. Il détruit le mal et l’ignorance; un serpent (le Naga Vasuki) qui est enroulé trois fois autour de son cou. Ces trois tours symbolisent le passé, le présent et le futur. Ceci signifie que le processus de création et de destruction est soumis au temps, mais Shiva transcende le temps, il est éternel. De plus, le serpent désigne le pouvoir du yoga avec lequel Shiva détruit et reconstruit l’univers; les trois yeux qu’il possède représentent le soleil, la lune et le feu. L’œil de gauche (lune) et l’œil de droite (soleil) indiquent son activité dans le monde physique. L’œil du milieu (feu) matérialise sa connaissance spirituelle, il est la perception transcendante et brûle tout ce qui se tient devant lui. C’est pourquoi il le tient toujours fermé. Le Gange coulant dans ses cheveux, blanc comme le lait et symbole de pureté; son chignon en broussaille (jata) est une représentation de Vayu, le dieu du vent; une peau de tigre matérialise le pouvoir de la création, la maîtrise de Shiva sur la nature. Il porte également un lacet lui permettant d’attraper les coupables; la hache qu’il donna à Parasuram; le damaru, un tambour à deux faces matérialisant l’union des principes féminins. Sa monture (vâhana) est le taureau Nandi qui fait lui-même l’objet d’un culte. Nandi est le fils du Rishi (sage) Kashyapa et de Surabhî, la vache céleste née au moment du barattage de la mer de lait par les dieux et les démons, à l’origine du monde. Selon la légende, il fut donné à Shiva par Daksha. Nandi est aussi le gardien de tous les animaux à quatre pattes.

Par jeu, Parvati avait placé ses mains devant ses deux yeux et le monde fut plongé dans l’obscurité rendant toute vie impossible, un troisième œil apparut alors sur son front, rétablissant la lumière sur Terre. Par son troisième œil, il réduisit en cendres Kama (dieu de l’érotisme et du désir amoureux); le tripundraka qu’il porte sur son front. Ces trois barres sont censées apaiser l’esprit durant la méditation. Au centre de cet attribut se trouve le troisième œil de Shiva; le croissant de lune placé dans ses cheveux.

Le roi Daksha avait vingt sept étoiles comme filles. Toutes étaient mariées à Chandra (la lune). Mais Chandra était particulièrement attiré par Rohini. Aussi, toutes les autres épouses, jalouses, se plaignirent-elles à Daksha qui, mécontent, jeta un sort funeste sur son gendre Chandra. L’éclat de l’astre des nuits commença à décliner inexorablement. Jour après jour, sa lumière diminua, exactement d’un seizième. Chandra courut alors se réfugier auprès de Shiva et implora son aide. Shiva le prit sous sa protection et le plaça dans sa chevelure. Puis il atténua les effets de la malédiction, de sorte que la Lune s’accroisse pendant quinze jours puis décroisse les quinze jours suivants. Sous cette forme, Shiva est appelé Chandrashekhara.

Un jour, Shiva errait nu dans la forêt. Les femmes des sages furent ensorcelées par sa beauté. Les sages matérialisèrent un tigre pour se défaire de Shiva, mais le dieu de l’ascétisme tua le tigre et s’en fit un vêtement.

 

Merci d’avoir lu jusqu’au bout et à bientôt pour de nouvelles présentations de divinités !